La difficile équation de la gestion des ordures dans les villes de douala et de Yaoundé : que peuvent faire les mairies pour résoudre ce problème?

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MFONO ASSEMBE Danielle Kevina

Ingénieur Statisticien Economiste, Chercheuse – ACDC

© Fadira Etonde, ndengue.com, 2023

« Douala la belle », « la belle Yaoundé, la ville aux sept collines », c’est ainsi que les villes de Douala et de Yaoundé étaient autrefois appelées. Aujourd’hui c’est tout le contraire. Une seule appellation semble désormais faire l’unanimité pour décrire l’une ou l’autre, sans aucune exagération :  celle de « ville poubelle ». L’insalubrité notoire de ces villes donne le vertige aux populations et commence à avoir un impact dommageable sur leur image et sur l’attractivité à l’international comme le montre le journal Le Monde Afrique (lemonde.fr).

Plusieurs phénomènes sont à l’origine de cette situation. On peut notamment citer la forte urbanisation de ces deux villes, c’est-à-dire l’augmentation de leur nombre d’habitants. Ces villes sont les plus peuplées du Cameroun et plus nombreux sont les Hommes, plus nombreuses encore seront les ordures. On peut également pointer du doigt la forte activité économique à l’intérieur de ces métropoles. Elles concentrent l’essentiel des entreprises présentes sur le territoire national. De ce fait, la majeure partie des biens produits ou importés se trouve à Douala et à Yaoundé. Par conséquent, la majeure partie des déchets devrait également se trouver à Douala et à Yaoundé. L’incivisme des populations participe également de l’insalubrité à outrance de nos villes, puisque malgré les efforts fournis par les Communautés Urbaines en dotant les populations de bacs à ordures, elles trouvent tout de même bon d’abandonner les déchets à côté des bacs en lieu et place de les déposer à l’intérieur de ceux-ci.

Les Maires des communes et des villes, responsables de la gestion des déchets dans leurs circonscriptions respectives, de concert avec la société d’Hygiène et de Salubrité du Cameroun (HYSACAM) éprouvent des difficultés pour débarrasser les populations des ordures omniprésentes dans les rues. Au premier rang des difficultés qu’ils rencontrent et qu’ils évoquent, on retrouve sans surprise l’épineux problème du financement de la politique de collecte des déchets. En effet,  « Le Cameroun collecte 60,6 milliards de FCFA en 3 ans, affectés à la gestion des ordures » et quand bien même ce montant serait utilisé pour une seule année et réparti entre toutes les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), il serait toujours insuffisant pour éviter le phénomène de « villes poubelles », notamment à Douala et à Yaoundé.

« Ce n’est pas le déchet, c’est le diamant ! »

L’enjeu pour ces CTD est de trouver des moyens alternatifs de financement à côté des ressources budgétaires étatiques dont elles bénéficient déjà. Ce problème de ressources supplémentaires pourrait trouver sa solution dans la manière d’opérer cette gestion. Tout le monde ne voit pas du même œil un objet vétuste, délabré, abimé et déposé dans une poubelle. Pour certains, c’est un déchet. Pour d’autres, ce n’est pas un déchet, mais plutôt un « diamant ! » (Guitard, 2015).

La logique du « tout décharge » qui consiste à récupérer les déchets et à simplement les déverser dans des décharges n’est plus la bonne. Il faudrait davantage se tourner vers des techniques d’économie circulaire qui consistent à faire du déchet une ressource. En Europe par exemple, les pays qui se sont appropriés ce raisonnement sont les plus propres et les plus prospères en matière de gestion des ordures (Williams, 2016). En Afrique subsaharienne, on dénombre un certain nombre de pays qui ont également décidé de s’arrimer à l’économie circulaire. C’est notamment le cas de l’Algérie, du Ghana, du Zimbabwe, du Maroc et du Niger qui sont d’ailleurs les cinq (05) Etats africains les plus avancés en matière de recyclage des déchets.

Le Cameroun accuse du retard. Toutefois, les opérateurs économiques camerounais épousent de plus en plus cette logique de valorisation des déchets puisqu’ils ne cessent de rejoindre la Société d’Hygiène et de Salubrité sur le marché de la collecte des détritus et vont beaucoup plus loin que la simple collecte. Ils font également le tri, la stérilisation, le broyage des déchets et la production de biens nouveaux (Focus – Cameroun : les start-ups s’attaquent au recyclage des déchets plastiques).

Les Maires pourraient donc se saisir de cette nouvelle donne sur la valorisation des déchets pour en faire leur source de financement alternatif de la gestion des déchets et beaucoup plus encore. Pour y arriver, ils pourraient mener les actions ci-après :

  1. Mettre en place un réseau d’entreprises agréées pour effectuer la collecte des ordures : cette mesure aura pour but de limiter l’accès aux déchets par tous les opérateurs. Ces entreprises pourront alors vendre ce qu’elles auront collecté à celles qui en effectuent le traitement. Les clauses de partenariat entre les entreprises agréées et les collectivités pourront être débattues entre elles ;
  2. Mettre en place une véritable usine de traitement des déchets, la plupart des acteurs présents dans ce secteur n’étant que des start-ups: ce projet pourrait être implémenté par Partenariat-Public-Privé ou alors par sollicitation d’un prêt à la Banque Mondiale, à l’image de ce qui a été fait par l’institution de Bretton Woods en Chine et au Pakistan. Cette usine dont la mise en place ne va pas coûter un iota à la collectivité, va permettre en plus de réduire significativement la quantité de déchets dans les maisons et dans les rues, de créer des emplois pour les jeunes, de produire et de commercialiser : des matières en plastique (importantes au regard du besoin grandissant du secteur privé en emballages), des matériaux de BTP (une alternative aux matériaux de construction habituels dont les prix s’envolent depuis la survenance du Covid-19 et de la crise en Ukraine), des semences agricoles et surtout de l’énergie. 
  3. Concevoir un mécanisme de récupération des déchets depuis les domiciles des populations pour les acheminer vers les entreprises de traitement, moyennant une rémunération de la part de ces entreprises : cette troisième mesure a l’avantage de réduire la quantité d’ordures dans les rues, puisqu’elle permet d’éviter le déplacement des populations pour évacuer leurs ordures hors de leurs domiciles.
  4. Instaurer une amende pour abandon de déchets dans la rue : cette amende pourrait être délivrée par la police municipale, pour sanctionner toute personne qui dépose ses déchets hors des bacs à ordures.

Ces propositions de mesures pourraient alors contribuer à l’accroissement des ressources des collectivités locales tout en redonnant à nos cités l’éclat qui leur était autrefois reconnu.

NB : Ces propositions demandent de prendre en compte les réalités de chaque commune ainsi que la vision politique des autorités. Le Cabinet ACDC est disposé à apporter un accompagnement aux autorités municipales désireuses de mettre ces mesures en œuvre dans leurs circonscriptions.

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