La mobilisation des diasporas africaines dans le financement et le renforcement des capacités des collectivités territoriales 

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En Afrique, comme sur d’autres continents, les défis au niveau local sont d’ordres divers : renforcement des capacités des services techniques, du personnel municipal par le biais de la formation et de la qualification, équipement en infrastructures, gestion de ressources en eau et en énergie, assainissement, gestion foncière, etc. À ces problématiques sont généralement assignés des programmes et projets inscrits dans des plans municipaux pluriannuels, visant à y répondre. Les autorités locales, au cœur des actions de développement des territoires, ont pour responsabilité de mettre en œuvre les actions publiques liées à un ensemble de localités. Municipalités, organisations de la société civile, entreprises privées et entités publiques mettent en œuvrent les activités socio-économiques dynamisant la vie locale. Ces acteurs ont parfois recours à des sources de co-financement externes pour la réalisation de ces programmes et projets.

Ces financements sont généralement gérés par des bailleurs internationaux, qui mettent en œuvre leurs programmes de coopération, avec des objectifs spécifiques. Dans ce contexte, l’efficacité de l’aide publique au développement (APD) est parfois controversée. Se pose notamment la question de l’appropriation par les bénéficiaires finaux des connaissances, savoirs, ressources transférés dans le cadre de programmes et projets de financés par les fonds de coopération au développement. La légitimité de certains experts mobilisés par ces bailleurs pour la mise en œuvre des activités est parfois remise en cause. Il est de plus en plus question de promotion d’interventions reposant sur des partenariats multi acteurs, impliquant davantage les acteurs locaux voire des experts originaires des zones cibles. 

Les diasporas, une ressource à explorer par les pays d’origine 

En ce sens, la croissante implication des diasporas dans les affaires de leurs pays d’origine serait à étudier, voire, à orienter notamment en faveur du développement durable des collectivités locales. Notons par ailleurs que les transferts d’argent des diasporas vers le continent africain représentent environ trois fois le montant de l’aide publique au développement.Les diasporas ont la possibilité, si les cadres politique, diplomatique et socio-économique le permettent, de prendre part à toutes les phases de l’action territoriale: de la planification à l’évaluation des politiques publiques, en passant par l’exécution ou encore le financement. La mise en place des “obligations-diasporas” est une des modalités mises en place par certains pays pour orienter / canaliser les fonds transférés. 

S’ il existe comme un regain d’intérêt des populations résidentes dans des pays d’accueil pour leur pays d’origine, il y a aussi un intérêt manifeste tant du côté des acteurs du pays d’origine que du pays de résidence. En effet, nombreuses sont les personnes issues des diasporas en quête d’elles-mêmes et de ramifications avec leurs identités plurielles. Si beaucoup d’entre elles ne cultivent que des relations occasionnelles avec leur pays d’origine, elles sont aussi de plus en plus nombreuses à vouloir contribuer au développement structurel et durable de leur pays, à travers l’entrepreneuriat, l’investissement, le développement de relations commerciales, etc. Devant la montée en puissance des intérêts de bailleurs, investisseurs, agences de coopération internationale (GIZ, AFD, etc.) pour continent, les diasporas africaines veulent de plus en plus prendre part aux affaires de leurs pays d’origine. Encore faudrait-il que les gouvernements de ces pays parviennent à saisir l’importance du moment et à créer les conditions valorisant les ressources mises à dispositions par les diasporas. 

La nécessité de connaître davantage les profils des diasporas

Les profils de ces diasporas seraient à étudier. A supposer que ce serait des personnes nées dans les années 70/80/90, elles auraient eu accès à l’éducation et l’emploi dans les pays de résidence / accueil. Elles mèneraient des projets tant qu’auto entrepreneurs, ou consultants, experts dans des domaines spécifiques, comme traducteur / interprètes, facilitateurs de contacts, etc..Par ailleurs, au-delà de la manifestation d’intérêts par les personnes issues des diasporas disposant des expertises recherchées au niveau local, elles devraient aussi davantage s’intéresser et s’imprégner des programmes stratégiques de développement local, développés par les municipalités. 

Très souvent lorsqu’il manque le profil au niveau local et en raison de financement étranger, les procédures de recrutement sont celles des bailleurs, favorisant le consultant / l’expert international venant d’ailleurs avec une maîtrise relativement limitée des réalités locales et des honoraires élevés par rapport au coût de la vie sur place. Le rapport entre le montant alloué à un projet et les coûts liés au recrutement d’experts internationaux est parfois déséquilibré. En ce sens, les collectivités territoriales devraient œuvrer pour sensibiliser le pouvoir central sur l’importance de la mise en place de mesures adéquates permettant un plus grand investissement des diasporas dans les affaires de leurs localités d’origine, que ce soit en termes de ressources humaines, ressources financières ou encore techniques et technologiques. Les diasporas, organisées en réseaux de professionnels, sont capables de fournir l’assistance technique et les services de conseil pour aider les collectivités territoriales de leurs pays d’origine à mobiliser des fonds pour un développement plus résiliente des communautés locales. 

Ainsi, les États africains, en partenariat avec les réseaux de diasporas, pourraient mettre en place des clauses liées aux recrutements, avec un ratio qui devrait nécessairement être local, un autre quota nécessairement issu de la diaspora par exemple. Afin que le processus de recrutement ne soit pas trop long ou complexe, des plateformes qui mettent en exergue les profils des diasporas devraient davantage exister et être mobilisées. En ce sens, l’adéquation entre l’offre/demande reste un le pari à relever.

Les enjeux liés à une plus grande implication des diasporas dans leurs communautés d’origine

Il existe une réelle volonté de mettre en œuvre des actions de solidarité et ou de lancer des affaires sur le continent de la part des personnes issues de diasporas. II reste toutefois une multitude de défis qui ont jusqu’à présent limité leur implication stratégique dans les processus de développement de leurs pays d’origine. Tout comme les gouvernements des pays d’accueil ont vu l’intérêt d’avoir ces diasporas dans leur loupe, les gouvernements des pays d’origine devraient davantage se soucier de créer des conditions permettant à ces diasporas de se sentir davantage légitimes et même redevables d’actions aux bénéfices de leurs communautés d’origine. Pour ce faire, ne faudrait-il pas repenser les modalités de représentations politiques des populations? Quels rôles les diasporas pourraient-elles jouer dans la gestion des affaires publiques de leur pays d’origine? De la participation plus effectives aux élections à la possibilité d’accéder à des fonctions de haute responsabilité, en passant par une implication plus efficace dans les actions de développement local, les pistes sont nombreuses et les défis associés sont grands. 

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